Empowered T.1 – Je plaide (au plaisir) coupable

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A l’heure où la face d’Internet a changé à tout jamais depuis l’affaire Mar_Lard, il faut croire que c’était le bon moment pour découvrir une bonne fois pour toute l’univers such sexy, very feminist d’Empowered, après les nombreuses tentatives de conversions de Sieur Meles, pour ceux qui le connaissent sur les bons réseaux, en plus de ses futures articles ici-même. Empowered, c’est un comics bien américain de super-héros (oui, triple pléonasme, j’en conviens), mettant en avant… Empowered, une jeune super-héroïne mignonne comme tout, mais terriblement maladroite et mal dans sa peau par un manque de confiance évidente, surtout quand elle se fait sans cesse rabaisser (plus ou moins méchamment) pour sa nullité presque constante par ses « camarades » super-héros, de la fameuse « Super-Bande », la Justice League locale.

Cette jeune femme fait pourtant tout pour se montrer brave, courageuse, pour tenter de regagner la confiance de ses pairs, d’autant qu’elle n’a pas des pouvoirs si pourris que ça: une super force, une super résistance et peut même balancer de gros lasers qui font piou-piou… malgré un point faible un peu gênant: le tout vient d’un costume qu’elle doit impérativement porter (logique, mais nécessaire), mais ce dernier est 1) Très moulant, ce qui embarrasse pas mal l’héroïne 2) Se déchire très facilement, ce qui embarrasse encore plus l’héroïne. Certes, il fini par se régénérer. Mais à la moindre brèche, la puissance du costume chute drastiquement, mettant régulièrement Emp’ dans des situations aussi délicates que ridicules pour elle, puisqu’elle a la fâcheuse tendance de se faire capturer par les super-méchants un peu trop facilement à cause de cette faiblesse, et peut difficilement s’en sortir toute seule. Avouez que pour une héroïne qui cherche à prouver sa valeur, ça la fout mal.

Le tout avec un esprit très « manga » (Découpage, dynamisme, design et dessin en noir et blanc (vu sous cet angle, car oui bon, je sais qu’il existe des comics aussi en N&B)) et un fan service ( = Mettre en avant les formes féminines) très présent, mais parfaitement assumé et voulu par l’auteur. J’invente rien, il le dit lui même au sein de ses pages. Autant dire de suite… Que ça ne rassure pas, vis à vis des deux derniers points soulevés. Parce que bon, faut dire ce qui est: quand on mélange des genres/cultures (Comme on trouve chez nous des BD françaises voulant reprendre les codes des comics ou des mangas, jusque dans l’aspect graphique), ce n’est pas toujours très réussi, de très bon goût (Des designs/dessins qui singent très mal ceux des autres, des scénarios qui veulent juste reprendre point par point tous les clichés d’un genre sans donner l’impression de les avoir compris, etc.). Eh bien… S’il y a encore des choses à prouver, c’est pas si mal en fin de compte. Plaisir coupable ? Possible aussi. Sans doute même. Toujours est-il que c’est tout même plus sympa que ça en a l’air.

On ne va pas se leurrer, comme pleins d’autres BD un peu partout, l’un des attraits principal de la série – du moins dans la partie visible de l’iceberg -, le petit truc qui attire l’oeil dans un premier temps et nous demande de lui laisser sa chance, c’est bien le fanservice. Et dieu seul sait qu’il est présent. Omniprésent. Peut être un poil… trop ? Je ne sais pas si ça change par la suite, si ça se « justifie » davantage (toute proportions gardées, évidemment, mais sait-on jamais), mais l’Adam Warren n’y va pas de main morte avec… ses nombreux plans sur l’héroïne dénudée accidentellement, ses copines toutes aussi sexy à tous les niveaux (Ninjette et son diabolique mini-short, Sistah Spooky et son porte jarretelle de l’enfer) et sans oublier d’autres personnages tout aussi dénudés gratuitement (parfois masculin, ça lui arrive aussi), avec même un soupçon de scène de sexe (très soft/suggéré, mais le sujet est abordé dira-t-on). Autant dire de suite qu’au début, je voulais lire le bouquin tranquillou en traversant Paris dans mon RER A habituel, mais que je me suis rapidement rétracté au vu du nombre restreint de page véritablement safe for work; surtout quand j’arrivais au niveau des heures de pointe. Pas facile d’assumer dans ce genre de situation.

Bon, et on ne va pas se mentir, ce n’est pas désagréable, surtout qu’il faut bien reconnaître une chose à Empowered, un truc qu’on ne peut pas tellement lui reprocher: son dessin fantastique. Je ne parle pas simplement du fait qu’Adam Warren dessine admirablement bien le gente féminine sous tous ses angles – mais il est important de rappeler que c’est le cas quand même – mais de manière générale, ça a vraiment de la gueule. Ce style, que je découvre pour la première fois, à la fois nette, précis et sans bavure, mais tout crayonné et riche en détail à chaque case; ses codes graphiques inspirés des mangas dans un univers de super-slip, ça apporte une sorte de petit vent de fraîcheur franchement pas désagréable dans le genre. Pas juste parce que c’est beau, mais que l’ensemble se marie vraiment bien, avec un style bien à lui.

Et puis surtout, c’est sympa en fait. C’est plutôt cool à lire, ouais. Bon, ça a ses limites, abordons les tout de suite: je ne sais pas trop comment ça a été publié à l’origine, mais c’est très perturbant de voir qu’il… n’y a pas vraiment de scénario pour le moment, surtout vu la façon dont c’est découpé. Des chapitres. Pleins de chapitres. Je ne les ai pas compté, mais le bon gros pavasse que représente le tome 1 est très « fragmenté ». C’est perturbant en fait. Des chapitres qui ne font qu’à peine 10 pages parfois, le temps de mettre en place une vanne, un personnage, une situation rocambolesque. Et. C’est. Tout. Et on repart à nouveau sur un autre chapitre…

…De l’autre côté, l’avantage de ce procédé, c’est que si l’on ne part pas de suite dans une grosse intrigue qui met en place les enjeux et les personnages pour les tomes suivants, ça permet à l’auteur de partir dans une toute autre direction, celle du slice of life. La tranche de vie. Avec des super-héros. Avec une bonne dose d’humour. En fait, comme on pouvait (quand même) le deviner, c’est bourré d’humour et ça ne se prend pour ainsi dire jamais au sérieux. A contrario, on y voit même, de temps en temps, de gentils tacles envers certains poncifs super-héroïques, de la bonne grosse parodie du genre: Le côté ultra sérieux de certain(e)s personnages/situations remis(es) en cause (cf l’image du dessus, avec un méchant bien déçu de ce qu’il va affronter), l’origine de certains pouvoirs tellement débile que c’en est vraiment drôle (Qui aurait cru qu’on pouvait choper des super-pouvoirs en contractant une MST ?), etc.

Puis les personnages sont super cool et attachants. On apprend à mieux les connaître au fil des chapitres, en suivant bêtement leur vie et… ça marche. Entre l’adorable Emp‘ qui veut bien faire, sa relation pas toujours facile avec son copain (Un simple sbire d’un super-méchant qui souhaite changer de vie), Ninjette qui tape l’incruste chez nos deux compères ou même simplement le Prince Démon, l’hilarante force mystique enfermée façon Ghostbuster dans une sorte de ceinture, qui passe son temps à regarder des DVD (Oui, depuis sa prison- ceinture), à commenter la vie sexuelle de nos héros (Alors qu’ils n’ont rien demandé) et à même… briser le 4ème mur quand ça lui chante. Bref, un chouette casting pour tous les goûts, qui rattrape plutôt bien l’absence de scénario.

En bref, c’était un peu perturbant au début par sa construction, son absence de vrai scénario, mais on ne peut définitivement pas s’ennuyer en lisant le début d’Empowered, à moins que les choix de designs et l’omniprésence de fan service bien prononcé soient définitivement rebutants pour certains. Mais c’est du genre vraiment drôle à côté, ça fait mouche, les répliques sonnent bien (Même en français !), que ça soit dessiné façon manga, ou que ça traite une énième fois de super-héros. On va dire qu’au vu du postulat de base, c’est déjà bien joué.

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Batman, c'est un peu mon Avengers préféré.

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