Hawkeye T.2 – A deux doigts de la cible

Moi je l’aime bien Hawkeye. Je n’ai pas lu grand chose de lui, mais j’aime assez l’idée d’un archer sans pouvoir, « simplement » talentueux à l’arc, et, on va dire, suffisamment friqué/bien entouré pour meubler à sa façon avec pleins de gadgets rigolos; au sein d’une troupe de super-héros. Certes, on dira aussi que c’est un sous-Batman (Puisque dans le genre « héros sans pouvoir, mais qui pète la classe », c’est le parfait représentant), et… ce n’est pas totalement faux. Mais ici et là, j’avais pas mal apprécié la mise en avant, justement, de ses faiblesses, de ses remises en questions quand il se compare avec ses potes mieux dotés par mère nature, et de ses (nombreuses) relations avec la gente féminine Marvel, apportant parfois de gros problème (Salut Wanda).

Bon après, à vrai dire, j’aime aussi son équivalent DC, Green Arrow, pas de jaloux. C’est tout le concept qui me plait en fait. Quoique lui, il a(vait, plus maintenant) un bouc super classe. Les hommes sont toujours mieux avec une poignée de poil en plus, depuis le temps qu’on le dit. Ah, et je suis peut être le seul, mais le costume d’Hawkeye pré-Avengers le film, aka le truc violet avec son masque chelou, il était cool. Kitsh, mais plutôt bien assumé. Enfin, en comics, ça passait vraiment bien (pour peu qu’on y mette un bon dessinateur derrière), je peux comprendre que ça ait sauté lors du passage sur grand écran pour tenter de faire gagner un peu de charisme à Jeremy Renner.

Le premier tome de ses aventures nouvelles générations/post-Avengers m’avait pas mal grave emballé. Totalement accessible pour le néophyte, très stylisé visuellement, un personnage plus humain que jamais (Il doit jouer les rôles de proprio dans une résidence qui lui appartient dans un quartier un brin malfamé; en plus de tenter de rester un Avengers), charmeur à souhait, charismatique, avec des histoires simples, plus « posées » (On ne le voit pour ainsi dire jamais en tant que super-héros, limite si c’est pas du slice of life un brin musclé) mais toujours très funky. Bref, Matt Fraction, le scénariste, avait bien cerné le personnage, et même dépoussiéré par la même occasion. Autant dire que, dans mes lectures, le Matt est capable du meilleur (Invincible Iron-Man) comme du pire (Fear Itself) en une fraction de seconde (Pardon). Et finalement, pas de surprise en vue pour ce tome 2, c’est la suite (plutôt) logique: plutôt bien exécuté, quelques fulgurances de génie malgré encore et toujours quelques tares un peu gênante à force. Résumons tout ça.

« Stylisé », parce David Aja. Simplement. Je ne le connaissais pas avant de lire la série (ou alors, le nom ne me disait rien à l’époque où je serais tombé sur un de ces travaux antérieurs), mais je comprends désormais bien mieux sa réputation, et celle de la série par la même occasion, difficile de lui retirer ça. David Aja n’est pas mon dessinateur favori, peut être bien parce que j’accroche pas à 120% à son style très épuré d’un côté (C’est assez peu détaillé, avec des traits épais), mais de l’autre, je dois reconnaître que tout ce qu’il dessine respire la classe. C’est particulièrement inventif, recherché, ça tente de faire « un peu plus » que du mainstream dans la forme avec un découpage ingénieux, dynamique et souvent original; on sent qu’il déborde d’idée pour mettre en scène n’importe quels passages « simples » de la vie de Clint Barton (Cf l’image du dessus et son hommage aux beat-them all des années 90, ou le surprenant chapitre 11 (qui clôt le tome) qui suit uniquement le point de vue d’un … chien, avec la narration qui va avec).

…Néanmoins, « suite logique » du tome 1 aussi à ce niveau et de son principal défaut: les changements de dessinateurs. Je dois reconnaître que j’ai toujours un peu de mal à comprendre les gens qui encensent le comics en ne parlant QUE d’Aja. Je veux dire, ce n’est pas, en prenant compte le tome 2, qu’un ou 2 chapitres dessinés par d’autres, mais quoi, la moitié ? Alors ouais, ce n’est pas nouveau, je suis au courant, et c’est peut être un des trucs qui me gonflent le plus dans les comics. C’est compréhensible dans un sens vu la masse de comics qui sortent par mois chez chaque éditeur, des deadlines sans doute hyper serrées et j’en passe; mais c’est toujours pénible et frustrant de voir que son dessinateur favori va officier sur telle nouvelle série pour lui donner un second souffle, et de le voir faire des aller-retour – si ce n’est pas un départ définitif – après 2 chapitres seulement.

Dans un sens, je vois presque ça comme une « tromperie sur la marchandise » dans certains cas. Ce qui pourrait en fait ne pas trop poser de problème si les remplaçants étaient talentueux aussi. Après tout, si on m’annonce que telle série est dessiné dans un premier temps par Olivier Coipel, puis par Chris Bachalo pour finir par du Alex Ross (Oui, rêvons tous ensemble, en cercle), les changements de style ne me dérangeraient pas le moins du monde, forcément. Sauf que dans notre cas actuel, ce n’est pas exactement comme ça que ça s’est passé.

hawkeye07

J’avoue qu’à part Francesco Francavilla (Au style particulier mais qui passe étonnamment bien dans un chapitre au ton très différent des autres, ça aide), le reste des 3 autres dessinateurs m’est inconnu au bataillon. Mais ce n’est pas bien grave, vu que les faits sont là: ça ressemble très souvent à une copie moyenne (voir mauvaise parfois) du style d’Aja. Son découpage, son dynamisme… On sent tellement que ça veut bien rattraper l’absence du dessinateur vedette en reprenant ses codes graphiques, sans forcément avoir le même talent. Résultat, ce n’est pas toujours flatteur, avec un trait parfois fouillis, des personnages dont le charisme tombe subitement en flèche vu la tronche que tire certains et tout simplement un charme graphique qui disparaît (presque). C’est tellement dommage que chaque retour d’Aja est limite une bénédiction. Ouais, carrément. Mais clairement, je savais que j’allais à nouveau prendre mon pied à son retour, que j’allais en prendre pleins les yeux à chaque page devant tant d’ingéniosité.

C’est d’autant plus dommage que ça se suit toujours avec un certain plaisir, malgré là encore quelques couacs, un petit coup de mou même, oserais-je dire. Toujours cet humour plutôt fin, subtil, sans en faire des tonnes (Le coup du lecteur DVD avec Tony Stark !), ce sens des dialogues entre les protagonistes, cette bonne caractérisation et ce développement des personnages (Notamment entre Clint Barton et Kate Bishop, sa protégée elle aussi adepte de l’arc) et ces nombreux passages à la fois touchant et bien écrit (les épisodes où nos 2 compères précédemment cités doivent « affronter » l’ouragan Sandy, juste, sans tomber dans le pathos gratuit) que simplement funky, parce que Hawkeye, les femmes et la vie. Les situations embarrassantes n’ont jamais été aussi cool à suivre. Le drama, il n’y a que ça de vrai.

Mais un peu moins cette fois-ci. Peut être étais-ce dût à ce léger abus de cette construction désordonnée (Où il faut replacer un peu les nombreux bouts de scénario qui défilent dans le désordre au fil des chapitres), associé à une histoire un peu moins passionnante par moment (L’histoire de la mafia locale, les « Frangins ») malgré une belle remontée dans le dernier tiers (Mais merci Aja, aussi). Mais j’ai senti plus de difficulté à totalement rentrer dans le récit, et ressenti plus de regret une fois que j’étais enfin dedans et que la fin est arrivée. Mais je me console en me disant que c’est sans doute une mauvaise passe, et que ça devrait continuer sur cette bonne lancée de dernière minute, le moins captivant dans l’histoire ayant été expédié. Enfin, avec Fraction, tout est possible, mais j’y crois.

En bref, un tome qui garde d’indéniables qualités, un certain fun dans la lecture avec quelques planches splendides et géniales, mais qui se perd parfois un peu et souffre de quelques irrégularités ici et là… Mais je préfère quand même garder à l’esprit que, malgré tout, cette lecture fait un bien fou dans le monde des comics de super héros. Il apporte, pardon d’utiliser cette expression périmée, ce petit vent de fraîcheur qui fait que, okay, il y a des défauts ici et là, parfois frustrant; mais qu’à côté de ça, on sent un peu le comics qui sort un peu de la masse, qui cherche à se démarquer et le réussi plutôt bien.

Je dirais même que c’est une très chouette porte d’entrée à l’univers Marvel en comics pour ceux qui veulent débuter. Pas qu’on en apprendra des tonnes en suivant Hawkeye, mais ça permet en quelque sorte de prolonger l’expérience Jeremy Renner sur papier pour ceux qui l’ont découvert là-bas, sans être drastiquement dépaysé. C’est quand même une chouette qualité que je mettrais toujours en avant.

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Batman, c'est un peu mon Avengers préféré.

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