Justice League: The Flashpoint Paradox – Savior of the Universe

Autant je suis globalement satisfait de la production cinématographique de Marvel à de multiples niveaux (Une certaine qualité, une tentative de faire quelque chose de construit et d’ordonné avec son univers), autant pour la production animée (Série TV et DTV), c’est tout de suite nettement moins emballant. Bien sûr, je garde quelques souvenirs de certaines séries estampillés Spiderman ou X-men, mais rien de vraiment mémorable dans sa globalité, rien de très ambitieux chez eux. Bah ouais, moi, j’aimerais bien voir de façon animée quelques grands arcs récents de la Maison des Idées, qui, je suis sûr, se prêterait très bien à l’essai et permettrait même à tous de s’initier au Marvel des années 2000 en douceur. Oui, je rêve encore et toujours d’un House of M ou d’un Civil War dans une belle animation traditionnelle, voir, allez je suis sympa, d’un truc solide en CGI. Faites ce que vous voulez, mais je prends.

Et étrangement, chez la Distinguée Concurrence… C’est tout le contraire. S’ils ont du mal récemment à construire quelque chose de convenable au ciné, je dois reconnaître que je suis très admiratif vis à vis de ce qu’ils ont fait au fil du temps, que ça soit dans leur projet TV ou leur vaste gamme de DTV. Entre Bruce Timm qui transforme en or tout ce qu’il touche côté TV (Batman TAS, Superman TAS, Justice League et plus récemment l’excellent Green Lantern TAS), leurs multiples adaptations en tout genre de grandes histoires de l’univers DC Comics en long métrage d’animation (The Dark Knight Returns, Batman Year One, All-Star Superman) voir même d’histoires originales tout court pour l’occasion (Green Lantern: First Flight/Emeralds Knights); le département Animation de DC se veut particulièrement ambitieux, contrairement à son collègue d’en face. Vu le résultat en général, on ne va pas s’en plaindre.

En 2011, avant de faire son petit ménage (ou reboot) dans leurs comics, The New 52 de son petit nom VO (et DC Renaissance en VF), DC Comics lance Flashpoint, une mini-série en 5 chapitres, racontant justement comment on en est arrivé là. Si vous n’êtes pas familiarisé avec les méthodes de publication/les décisions marketings des comics, ne cherchez pas à comprendre: on aime bien justifier tout et n’importe quoi, quitte à grave se prendre la tête. Ils pourraient bêtement faire table rase du passé sans dire un mot, mettre un stop à la continuité qui fait fuir les nouveaux; mais non, tout ceci doit avoir un sens pour Batman et ses potes. Et vous savez quoi ? Malgré sa justification purement marketing à première vue; Flashpoint, c’était vachement bien. Couillu sur certains aspects, épique, blockbuster parfaitement taillé pour finir une certaine époque en beauté; ça avait été un gros coup de coeur pour ma part, d’autant plus pour la première grosse porte vers l’univers DC en comics que je lisais. J’avais pas tout compris, mais j’avais bien pris mon pied. L’essentiel, non ?

C’est donc tout naturellement, avec le succès engrangé par la série et ce qui l’entoure, que DC Comics lance en 2013 Justice League: The Flashpoint Paradox, l’adaptation de l’arc même en un film d’animation d’1h20, retapé dans tous les sens pour le rendre aussi compréhensible et surtout adaptable que possible. Pas évident à première vue d’adapter une histoire qui prenait place dans un univers riche et vaste depuis des décennies, aux multiples personnages, en un film qui se doit d’être coupé de toute continuité (puisqu’il n’y en a pas entre tous les produits animés DC), quitte à trancher dans les détails. Un pari ambitieux donc, mais… Franchement réussi. A quelques détails près, mais l’honneur est plus que sauf.

Flashpoint, de quoi ça parle ? En vrac, c’est une histoire qui tourne autour de Flash, le super héros DC qui bosse dans la Justice League. Ce héros classe, aussi rapide que l’éclair et les hérissons bleus, mais qui semble toujours un peu en retrait par rapport aux deux autres mastodontes d’à côté, Batman et Superman. Flashpoint, c’est ça aussi: redorer un peu plus le blason de Flash, alias Barry Allen. Suite à une intro un peu fadasse, j’y reviendrais, qui resitue un peu Flash et son histoire auprès du spectateur, on assiste au… réveil de celui-ci, sur son lieu de travail (La police scientifique). Sauf que certaines choses semblent avoir… changées ?

C’est bien simple, notre Flash se rend compte qu’il n’est plus vraiment chez lui, que le monde n’est pas exactement celui qu’il connaît: il n’a plus de pouvoir, sa mère est vivante (Alors qu’elle est officiellement morte assassinée lorsque Barry était enfant) et plus grave encore, le monde dans lequel il se trouve est au coeur d’une guerre mondiale entre le peuple d’Atlantis (Aquaman) et celui des Amazones (Wonder-Woman). On note aussi que Superman ne semble pas vraiment exister (en fait si, mais c’est plus compliqué que ça) et que le Batman qui règne sur Gotham semble bien différent de celui qu’on connait…

Pur scénario de blockbuster avec un héros désemparé (de ses pouvoirs) dans un monde au bord de l’apocalypse, le tout dans un Elseworld (Un monde alternatif) débordant de bonnes idées, l’aventure Flashpoint m’avait fasciné en comics et fonctionne toujours autant dans sa version animée. Suivre les aventures d’un Barry déboussolé, cherchant à retrouver ses pouvoirs et à découvrir la raison de ce bouleversement temporel; est un réel plaisir, on accroche très facilement ne serait-ce que par le plaisir de la découverte de chaque « changements de situation » (Des changements façon « effet papillon », pour mieux visualiser) dans les personnages qu’on connait bien – et c’est souvent en mal pour eux.

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On pourra toujours chipoter en reprochant que la réécriture de ces personnages ou des situations est « basique », que c’est parfois « un peu facile », « juste » pour le plaisir d’un fanservice un brin gratuit (L’identité du Batman et du Joker pour ceux qui auraient évité les spoilers jusqu’ici). Ce n’est… pas totalement faux dans l’absolu, mais c’est paradoxalement tout l’intérêt de ce genre d’histoire: après tout, quitte à taper dans la dystopie de super-héros, autant y aller à fond et bien « bouleverser » tout le petit peuple en slip qu’on connait bien. Et faut admettre que ça marche plutôt pas mal.

L’animé est d’autant plus respectable que, quand on connaît le comics, sa position dans la chronologie officielle de DC Comics, de son ambition initiale (Le pseudo-reboot comme ultime conséquence) et de son univers étendu dans les dizaines de comics parallèles estampillés Flashpoint (Développant le background de ce nouveau monde sans gêner l’histoire principale, du pur bonus); le challenge était particulièrement casse-gueule. Bien sûr, autant le dire de suite, tout n’est pas parfait. Certains passages adaptés sont moins « percutants » que dans le comics, car surtout modifiés pour des raisons évidentes (Des personnages supprimés, modifiant le déroulement de certaines scènes et j’en passe).

Aussi, je pense à toute l’introduction animée qu’on sent un peu bâclée car… pas très palpitante, surtout vu la suite des événements. Comprendre par là qu’elle est différente du comics là encore pour pleins de raisons qui tombent sous le sens (Il fallait faire une intro qui parte « de zéro », et non d’une continuité existante comme dans le comics), avec un côté « Trouvons un prétexte pour raccorder l’histoire du comics à une base accessible au grand public » obligatoire et… ça se ressent. C’est vite expédié (Cela dit, c’est une qualité à sa façon au moins), ça donne moyennement confiance quand on débute. Heureusement, la suite est tout autre…

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Cela dit, l’autre soucis de cette adaptation risquée vient d’un soucis qui touche toutes les adaptations animés de chez DC: la durée de leur métrage. Une heure dix, une heure 20; tel est la durée maximale à ce jour de la plupart de leur DTV et qui, si elle peut sembler très correcte, on sent tout de même, très souvent, que ça bride un peu le récit; tout en ressentant une certaine « obligation ». Budget limité ? Planning serré ? Très probablement les 2, malgré les ambitions initiales. Ça se traduit donc, ici, par un univers captivant mais trop peu développé à la fois dans son background que dans ses nouveaux personnages.

On sent qu’il a fallu compresser à mort, qu’il a fallu prendre pleins de petits bouts des différents comics d’origines, d’essayer de les mettre ensemble de façon à peu près cohérente pour donner aux spectateurs à peu près toutes les cartes en main pour saisir les grandes lignes du scénario. On obtient un résultat bien efficace quand même, sans trop de trou scénaristique pour la compréhension, mais dont on ressort un peu frustré parce que le voyage fût bien rapide. Comme pas mal d’autres films DC, une bonne demi-heure de plus m’aurait pas déplu.

Cette potentielle deadline imposée (DC produit BEAUCOUP de films animés, généralement 2 ou 3 par an, ce qui est énorme vu la qualité) provoque aussi un autre soucis: une technique imparfaite. Souvent, on se dit qu’un film animé, que ça soit au ciné ou en DTV, ça permet un plus gros budget qu’une série TV et qu’ils vont pouvoir se faire plaisir sur le dessin et l’animation, nous pondre un truc bien chiadée. Eh bien, là… C’est un peu le cas. Mais avec quelques accrochages régulièrement quand même. Le design n’est franchement pas inspiré: il n’est pas moche en soit, on s’y fait, mais on ne peut s’empêcher de le trouver assez fade, assez… générique. Et ça ne rend pas spécialement honneur au talent d’Andy Kubert, le dessinateur attitré du comics. D’autant plus que le dessin n’est pas toujours très réussi, avec parfois des traits assez grossier, donnant des visages presque laids involontairement.

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Pire encore, mais tout de même plus rare, un problème qui touche toute l’industrie de l’animation 2D de toute façon: l’utilisation de la 3D. Ouais, ça ne dure pas bien longtemps ici (Ça permet de mettre en scène la rapidité de Flash), mais c’est… quand même bien moche, la screenshot que j’ai posté juste avant ce paragraphe donnant un petit aperçu du rendu très « cinématique PS2  » de la chose. Ce qui est dommage, car la mise en scène est plutôt réussie. De manière générale, on sent une certaine volonté de bien faire (Ça reste un DTV), certaines scènes d’actions sont vraiment bien rendues avec une bonne animation, mais on sent aussi la difficulté de la maintenir tout le long.

… Mais ça n’en reste pas moins une adaptation solide, qui remplit totalement son contrat de blockbusters dans l’univers des super héros avec un « type » d’univers qu’on ne voit pas souvent dans ce format là, ni même traité de cette façon, plus sombre et violent qu’il n’y paraît. Dans cet univers, l’Apocalypse approche à grand pas, ça se sent, personne ne fait dans la dentelle et il n’y aura pas grand monde pour l’annuler. L’ensemble est dynamique, rythmé, on ne s’ennui jamais et tout est pensé pour rendre accessible la chose au grand public pas très familier avec l’univers DC malgré les nombreux personnages (dans le pire des cas, on découvre sur le tas, sans que ça ne gène quoique ce soit). Mieux encore, c’est une chouette introduction à tout un univers (Malgré le côté « très vif » du sujet), aux comics et à certains de ses concepts (Les mondes alternatifs étant assez courant là bas, donc pourquoi pas celui là pour commencer ?).

Et ça tombe plutôt bien, parce qu’Urban Comics a ressorti le comics dans un beau format librairie (Un pavasse de 200 pages, cartonné et tout, le grand luxe) avec le film, dans son format DVD et BR pour la somme très honnête de ~25€. Elle est pas belle la vie ?

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Batman, c'est un peu mon Avengers préféré.

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