The Killing Joke – Souriez !

Le fameux « The Killing Joke », enfin. L’histoire du Joker. Le point culminant de la confrontation (Voir de la relation) entre ce dernier et Batman. Après toutes ces années de hype autour de cette œuvre, de son inévitable statut d’œuvre culte et intemporelle malgré l’évolution qu’a connu la licence Batman en comics; c’est grâce à la republication d’Urban Comics que j’ai enfin pu combler un trou (toujours immense, mais ça avance) de ma culture comics.

Cependant, difficile d’écrire convenablement son avis sur une telle œuvre, intouchable pour beaucoup, sans dire énormément de banalité, de choses que tout le monde a déjà dit 150 fois depuis la sortie du bouquin en 1988. Tentons d’être concis, sans trop de fioriture, de la part d’un newbie en la matière.

Pourquoi The Killing Joke reste un excellent cru quand on débarque 22 ans après tout le monde ?

Déjà, un dessin assez incroyable pour son époque, qui ne vieillit presque pas maintenant. Une prouesse, surtout quand on voit la concurrence en général et que je reconnais sans mal être pointilleux sur l’aspect graphique d’une BD. Peu de dessinateurs peuvent me laisser une telle impression, celle d’être un peu à part de la masse des dessinateurs de comics mainstreams et de leur époque, d’être presque en avance sur leur temps. Ça ne remet pas en cause le talent des autres, mais pour la plupart, je ressens toujours trop (et pas qu’en bien, certes)  « l’époque » à laquelle ça a été dessiné, si ce n’est pire.

Ici, Brian Bolland adopte, déjà à l’époque j’imagine, un style assez « rétro » dans l’esthétique de l’univers de Batman, avec une Batmobile qui fleure bon le « Golden Age » pour ne citer qu’elle. Mais ce n’est pas que ça qui marque – mais ça a son charme couplé avec ce qui va suivre – mais bien la technique pure, impressionnante même maintenant. Un trait fin, net et précis ; la richesse des décors, la gestion des ombres, les visages extrêmement soignées et surtout particulièrement expressifs qui donneraient presque une autre dimension aux dialogues – particulièrement important dans un récit, effectivement, plus « textuel » qu’il n’y parait.

Je sais qu’il y a « débat » sur la colorisation, après que Bolland ait retapé son œuvre en 2008 en découvrant les joies de la colorisation digitale numérique sur son Mac, mais qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse ? Même en matant quelques pages de la version originale (colorisé par quelqu’un d’autre, et n’ayant pas plu à Bolland), difficile de nier que, même numériquement, l’ensemble est visuellement impeccable. Rien ne change. La façon dont est représentée la folie du Joker, voir même sa cruauté envers certains personnages du Batverse ; ses flashbacks en simili noir et blanc avec quelques teintes de rouges… Tout fonctionne encore très bien en 2014, on y croit, on est happé par le récit. Une prouesse, que je vous dis.

D’autant que, vous l’aurez compris, l’histoire n’est pas en reste. Plus qu’une histoire de Batman, c’est avant tout un récit centré sur le Joker, ses origines (enfin presque) et qui met en avant sa relation particulière qu’il entretient avec Batman. Le pitch est pourtant simple, mais c’est aussi sa plus grande force : Nous ne sommes pas exactement dans une origin story comme on dit dans le milieu ; Batman connaît depuis bien longtemps le Joker et commence à se poser des questions sur lui, sur eux deux par extensions. Au vue du chassé-croisé perpétuel entre eux, il arrivera bien un moment où l’un sera obligé de tuer l’autre. Mais qui fera le premier ? Plus tard, le Joker arrive à s’enfuir de la prison de Gotham et décide de se venger : sur Batman ? Non, trop facile. Mais plutôt sur les connaissances de ce dernier. C’est le commissaire Gordon et sa fille Barbara qui en feront les frais.

Ceux qui connaissent un peu Batgirl, son rôle « d’Oracle » plus tard mais qui n’auraient pas lu The Killing Joke auront vite compris le lien : c’est ici que le fauteuil roulant de Barbara trouve ses origines. Finalement, ouais, c’est une origin story, mais pas exactement de ce à quoi on s’attend.

Et c’est terrible. Au vu du nombre de page, tout s’enchaîne très vite, on n’a pas tellement le temps de s’attarder sur les détails, on encaisse ces moments plus que gênants de tortures physiques et mentales sur Barbara et son père sans vraiment avoir le temps de les digérer. Mais c’est voulu, et ce n’est pas jamais un défaut : personnage secondaire de cette histoire, c’est un peu dans la peau du Batman qu’on nous met. Le temps joue contre lui, à tenter de sauver des êtres chers face à un homme qui semble avoir définitivement perdu la boule ; le tout dans un dosage parfait entre passage dans le présent – à suivre le Joker dans sa folie et de voir Batman tenter de l’arrêter – et dans le passé, aux travers de flashback sur les origines supposées du Joker (car aussi fou soit-il, lui-même ne sait pas véritablement si c’est bien comme ça que ça s’est passé).

Et tout fonctionne à merveille, sans surprise. Alan Moore livre des dialogues bien écrits sublimés par le dessin, le tout dans une histoire bien construite et bien rythmée, sans réel temps mort, autour de cette rivalité entre les 2 hommes. Finalement, la principale déception qui me vient à l’esprit vient de l’attente que j’avais pu en avoir vis-à-vis de sa « réputation ». Je l’ai bien dit, c’était vraiment bon, pas de doute la dessus, je ne le remettrais jamais en cause. Mais. Car il y a un (petit, je vous assure) mais.

J’entendais souvent parler de The Killing Joke pour sa fin dite « ouverte », interprétable et ce, même encore aujourd’hui (comme le dit si bien la préface présent dans cette édition). Si ça ne gâche en rien le récit, où… est cette fin obscure sujette à discussion ? A la sortie du livre (enfin, presque, car il y avait quelques bonus après que j’ai dévoré dans la foulée), ça m’avait paru pourtant parfaitement claire.

Le titre plus qu’évocateur, les paroles de Batman au début et du Joker tout au long du récit – notamment sur la fin si ce n’était pas assez clair –  et le grand final très explicite visuellement ; j’avais du mal à voir où le doute était permis. Du coup, aussi bon vu le comics dans sa globalité (et c’est le plus important), ça m’a légèrement laissé sur ma faim. Ça ne m’avait pas paru si compliqué que ça et accompagné du fait que l’histoire s’étale sur seulement 46 pages (là où maintenant, ça ferait juste office d’introduction), j’ai refermé le bouquin, très satisfait, mais en me disant « Et ensuite ? » à propos de l’histoire en elle-même.

Toujours est-il que je comprends désormais l’impact qu’a eu le récit sur la suite des événements du Batverse. Et même aujourd’hui, je pense que ça se savoure tout autant qu’à l’époque, en comprenant désormais toutes ces petites références ici et là, voir simplement la façon dont sont écrites certaines histoires de Batman de nos jours. La base, comme disent les jeunes.

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Batman, c'est un peu mon Avengers préféré.

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