Strangers in Paradise T.1 – Nouveaux horizons

Après quelques années à carburer aux comics de super-héros, à commencer à voir clairement leur mécanisme, leur cliché, leur faille scénaristique mais aussi leur point fort et ce qui me fait aimer ce gros aspect de la production BD américaine ; je pense que je peux légitimement commencer à voir un peu ailleurs. Comprendre par-là, les… autres domaines, genre du comics, voir un peu plus loin que DC et Marvel. Ce n’est pas la première fois que je sors un peu des sentiers battus ; après tout, j’ai tenté des comics comme Scott Pilgrim, SAGA, Adventure Time et même Punk Rock Jesus, qui m’attend sagement dans ma bibliothèque. Ça prend forme, doucement, mais sûrement.

A force de lire pas mal de trucs américains après une longue période biberonnée aux mangas, je me suis posé la question suivante : « Tiens, j’ai l’impression que des genres tel que la « tranche de vie », le soap-opera, ne sont pas beaucoup présent dans les comics. On peut en lire des tonnes au japon, c’est un pan entier de la production, mais aux US, qu’en est-il ? » Alors je me suis renseigné. Des comics qui, d’une façon ou d’une autre, abordent la vie de tous les jours autour d’un groupe de personnage. Abordant des thèmes comme les relations amicales/amoureuses entre eux, que ça puisse être de façon dramatique ou purement humoristique, mais avec généralement un contexte assez terre à terre (Oui, Scott Pilgrim, je pense à toi, c’était plutôt sympa, mais un peu trop délirant pour rentrer dans ma recherche). Quelque chose qui parle simplement de relations humaines. J’ai trouvé quelques noms. David Boring, Blankets, Asterios Polyp, The Fountain… Et c’est finalement sur Strangers in Paradise que j’ai porté mon dévolu, d’autant qu’après lecture du tome un, c’est plutôt prometteur et totalement dans le thème que je recherchais.

Mais Strangers In Paradise, ça parle de quoi au juste ?

Francine est une fille super sympa, mais un brin naïve. Jeune fille dans la vingtaine, elle tente tant bien que mal de vivre une vie d’adulte en construisant sa relation avec Freddie mais dont rien ne se passe vraiment comme prévu. Francine est réservée, ne veut pas se lancer trop vite dans ce genre de situation pour éviter de refaire (ou de subir) les mêmes erreurs que dans le passé. Pas de bol, Freddie, de son côté, en a un peu marre de la voir refuser de faire avancer certaines choses, notamment… sous la couette. Jusqu’au jour où il craque, et largue Francine. De l’autre côté, celle qui va ramasser une énième fois Francine à la petite cuillère, c’est Katina Choovanski, alias Katchoo, sa colocataire par la même occasion depuis plusieurs années. Artiste peintre un brin impulsive, parfois violente quand on touche aux choses qu’elle aime, mais toujours en partant de bonnes intentions. Surtout quand ça concerne sa meilleure amie et accessoirement son crush depuis un petit moment. En parallèle à ça, elle fera aussi la rencontre de David Qinn, autre jeune homme de son âge qui va vite rentrer dans leur cercle d’ami, et dont ce dernier va peu à peu avoir de l’affection pour Katchoo.

Un gros tome introductif. Voilà comme je pourrais résumer ce que j’ai lu dans ce petit pavé d’une bonne centaine de page. Mais une vraie bonne introduction à ce qui s’annonce comme un soap opera bien mouvementé comme je l’espérais. Faut dire aussi, il a eu une publication un peu particulière, ceci expliquant très probablement pas mal de chose. Ce premier tome comprend la première série parue en … 1993. Oui, ça ne me rajeunit pas. Première série de… 3 chapitres seulement. Faut bien commencer, tester le public, et tout, hein ? Puis, quelques années après, deuxième série de 13 chapitres, en restant la suite directe des évènements du « Volume 1 ». Et de nouveau quelques années après, dans les années 2000, avec Terry Moore, l’auteur et dessinateur de l’œuvre, qui part pour… 90 chapitres, pour terminer sa série en 2007. Oui, il a bien escaladé, on peut le dire.

Strangers in Paradise pose donc rapidement ses bases (on ne sent pas passer la centaine de page du T1) avec des personnages tout de suite accrocheurs, drôles, classes, attachants et/ou intéressants à leur façon. Pour peu qu’on adhère au style soap opera, à la tranche de vie, on sent bien le potentiel se profiler avec les relations qui se tissent déjà entre les personnages, que ça soit les principaux ou les secondaires, dont on sait qu’ils ne seront jamais bien loin pour revenir plus tard dans le récit. Francine est adorable mais maladroite, on a d’office de l’empathie pour cette jolie bouille qui veut bien faire les choses mais qui galère tellement… Katchoo est le personnage classique à la fois « classe » par ses actions et son phrasé sans concession et « mystérieux », dont on sent bien qu’elle cache des choses à son entourage la concernant. Quant à David, il sort un peu de nulle part, tente de s’intégrer au groupe après sa rencontre hasardeuse avec Katchoo mais dégage de suite une certaine sympathie, avec un gars volontaire qui arrive rapidement à comprendre Katchoo plus qu’un autre. Et c’est donc ce petit trio (amoureux ?) qu’on va suivre tout le long. Et ça marche.

Pourtant, on sent quand même que c’est le premier gros projet de Terry Moore. On le sent à la fois ambitieux dans ce qu’il entreprend (même pour le genre, il y a des thèmes plutôt fort qui sont/seront abordés, comme la prostitution, l’homosexualité – On est en 1993, n’oublions pas) mais encore « débutant » à quelques niveaux. Si les grandes lignes de sa trame narrative sont agréables à suivre, avec de bon dialogues ici et là, on ne peut s’empêcher de trouver quelques raccourcis un peu trop voyant pour qu’il « arrive à ses fins ». Mais oui, vous savez !

Quand on imagine un tant soit peu sérieusement un scénario, dans n’importe quelle forme, on imagine de suite des scènes précises, des développements de personnages précis ; car on n’a jamais vraiment le début de son histoire d’office à l’esprit. Alors une fois le moment de tout mettre sur papier, on a envie d’arriver « vite » à nos premières idées pour bien les détailler, les expliquer, les mettre en scène… Quitte à « bâcler » ce qu’il y a avant et après. Le terme est un peu fort dans le cas présent car ça ne serait pas un « bâclé » péjoratif (« Ah bon ?! »), mais on sent que ça va un peu vite (La révélation sur une partie du passé de Katchoo en est le meilleur exemple), avec des passages « un peu gros » pour finir certaines scènes. C’est parfois cliché – rien de bien méchant cependant, on sent la grosse ficelle apparaître, mais c’en n’est pas moins agréable, on sent toute la bonne volonté de Terry derrière pour compenser.

D’autant qu’à côté de ça, le Terry assure pas mal au crayon (Deuxième Terry dont j’aime le dessin dans le monde des comics !). Tout en noir et blanc, de façon simple, sans fioriture ; Strangers in Paradise a une vraie patte artistique bien à lui et une patte des plus agréables, encore plus quand on se souvient à nouveau que ça date de 1993. Il n’en donne en tout cas pas l’impression vu ce qui se faisait en mainstream à l’époque. Terry Moore a une particularité, malgré son chouette rendu général : essentiel pour un soap opera et ses dialogues, ses personnages sont hyper expressifs. Si parfois, ça peut donner une impression un peu « cartoon » dans le rendu (Certaines expressions très exagérées) – limite ça fait penser à certaines BD européennes – il n’en reste pas moins que Terry retranscrit tellement bien chaque émotion sur les visages de ses personnages, renforçant davantage l’attachement et l’intérêt qu’on peut avoir pour eux. Comment résister à la dégaine de blasé de Katchoo ? Au visage bouffi remplit d’espoir de Francine ? Un petit détail, certes, mais qui rend la lecture d’autant plus sympathique, et compense habilement les petits défauts qu’on peut trouver à côté.

Un premier tome qui annonce bien la… couleur, malgré le noir et blanc (pardon), cette première série marque donc bien l’essai. De bons personnages se profilent, de petites touches d’humour qui font mouche avec quand même un apparent fil rouge qui se met en place ; le tout avec un chouette dessin qui ne cessera de s’améliorer au fil des tomes et des années… Bref, je sors ma phrase bateau de conclusion, Strangers in Paradise, c’est du bon (pour le moment), mangez-en (enfin, essayez).

Niveau droit, c’est à l’heure actuelle Kymera qui les possède en France si vous êtes intéressé et a largement fini de tout publier (Une quasi vingtaine de tome), de quoi savoir clairement dans quoi on s’engage. En tout cas, moi, je vais tenter.

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Batman, c'est un peu mon Avengers préféré.

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