Age of Ultron – Crossover fantôme

Vaguement sous-entendu par mon précédent article dédié à l’Iron Man de Kieron Gillen pour le relaunch Marvel NOW!, je commence doucement mais sûrement à rattraper mon retard sur ce fameux relaunch. Iron Man, Guardians of The Galaxy, Fantastic Four et Nova ; tels sont mes premiers pas dans ce Marvel 2.0. Fatalement, comme souvent avec les comics, difficile d’être tranquille très longtemps sans se faire intercepter par l’inévitable crossover annuel. Ce coup-ci – enfin, à ce moment-là, car on en est déjà au suivant dans les publications actuelles – c’est Age of Ultron qui vient pointer le bout de son nez dans mes affaires. Et pour être honnête, quand j’ai vu que le scénariste était Brian Micheal Bendis, j’ai été longtemps perplexe.

Ce n’est pas que je n’aime pas le bonhomme, il a fait de très bonnes choses (Avengers Disassembled, New Avengers à ses débuts), il est vrai que c’est un bon dialoguiste en plus ; mais à côté de ça, difficile de ne pas constater sa mauvaise habitude à prendre beaucoup trop de temps pour mettre en place ses histoires et les bâcler une fois arrivée à la conclusion, pour finalement ressortir du récit avec un sentiment de vide et de « tout ça pour ça ». Spider-Men, big up. Bref, j’avais peur du résultat (avoir un crossover dans les mains implique de grandes responsabilités éditoriales) et finalement… C’était un peu moins pire que prévu – les retours sont généralement pas hyper jouasses – mais ça reste quand même pas terrible.

Age of Ultron commence dans un futur apocalyptique. On y voit des Avengers (Hawkeye pour commencer) en train de tenter de survivre dans un New York dévasté, qui semble sous haute surveillance. On découvre rapidement l’ennemi : Ultron. Enfin, des répliques d’Ultron qui s’amusent à patrouiller dans le ciel à la recherche de tout métahumains. Ultron semble avoir envahi un peu toute la planète les Etats-Unis et la résistance super-héroïque s’organise pour tenter de l’arrêter. On y croisera Tony Stark, Miss Hulk, Wolverine, Luke Cage et compagnie, sachant que pas mal ont été tué. Ouais, l’histoire commence direct dans le vif du sujet et n’y va pas avec le dos de la cuillère. Mais comment en est-on arrivé à là ? Comment avec un tel postulat, ça peut être le crossover annuel si ça semble hors continuité ? Tout ça trouvera un élément de réponse… au fil du récit. Et prendre du sens. Ou presque. Je vais tenter de limiter à mort les spoilers, mais pour peu qu’on a l’habitude des comics, disons qu’il y a une forte d’odeur de trucs temporels dans tout ça. Je vous rassure, c’est très mineur par rapport à tout ce que l’on peut spoiler dans toute l’histoire, et vous comprendrez mieux certains reproches.

Alors, dans les grandes lignes, ce n’est pas si désagréable à suivre que ça. Je dirais même qu’au vu du plot de base, du fait que ça parte dans un trip (obligé ?) spatio-temporel ; le scénario se tient pas trop mal. Dans les très grandes lignes, hein ! Mais finalement, avec du recul, ça aurait pu être tellement plus incompréhensible, tiré par les cheveux, avec des dimensions, des temporalités et des personnages dans tous les sens comme d’autres comics qui aiment tant nous bassiner quand ils n’ont plus rien à raconter… Forcément, je suis obligé d’admettre cette qualité et qui me fait dire que tout n’est pas à jeter. Suivre les aventures d’une poignée d’Avengers en quête d’Ultron, avec une ambiance de fin du monde où chacun peut mourir à n’importe quel moment, c’est pas si mal en fin de compte, et ce, quasiment jusqu’au bout. Enfin, le chapitre 10 n’existe pas, of course. Il n’a jamais existé. N’est-ce pas Bendis ?

Mais plus sérieusement, malgré une certaine satisfaction niveau scénaristique (les bonnes idées ne manquent pas au niveau de l’ambiance, des personnages, de ce qui entoure Ultron), il y a beaucoup à redire. Déjà, Bendis oblige, c’est une bonne idée de base mais bien trop étalé. Une mauvaise tartine qui manquerait cruellement de beurre parce qu’il ne reste plus grand-chose dans la barquette. Tu sens encore le goût, ce n’est pas désagréable à déguster du coup, mais une demi-tartine aurait largement suffit ; l’autre aurait pu servir à autre chose. Un sentiment de gaspillage. C’est un peu l’idée qui ressort d’Age of Ultron qui se révèle très longuet pour vraiment démarrer (malgré les habituels bons dialogues) et aurait pu tenir sur 5 chapitres, et non 10 facile. De plus, malgré une certaine efficacité par moment, le cadre apocalyptique est quand même vu et revu, presque générique de nos jours. Du coup, oui, ça change, ça surprend dans un premier temps, mais l’illusion d’originalité ne dure pas longtemps. Puis, fatalement, toujours les mêmes problèmes liés à la thématique (entre autre) du temps : les incohérences.

Prévisible dans ce genre de récit, il faut quand même admettre que pour apprécier AoU un minimum, il va falloir fermer les yeux sur certains aspects du récit sous peine de se prendre méchamment la tête. Ça peut sembler contradictoire avec le fait que je soulignais que le scénario se « tenait à peu près », mais la frontière est… assez mince. Disons que Bendis arrive à correctement faire diversion pour masquer certaines failles du scénario (donc on arrive à se laisser entraîner par le récit), mais quand on y repense, qu’on relit certains passages, ça saute littéralement aux yeux. Je pourrais détailler longtemps ce qui ne va pas, mais on va plutôt résumer : tout ce qui touche au temporel, c’est le casse gueule assuré et Bendis ne me fera pas dire le contraire.

Et puis cette conclusion, bon sang. Outre le bordel niveau temporel que ça engrange, la fin est terriblement plate et ne sert surtout qu’à un but « promotionnel » en n’enchaînant que du teasing bien gratuit sur de futurs éléments qui arriveront dans l’univers Marvel. Un vrai bâclage, saupoudré de foutage de gueule, il n’en fallait pas plus pour gâcher les pourtant bonnes intentions d’Age of Ultron. Certes, même avec une bonne conclusion, le récit ne serait jamais devenu excellent, mais ça aurait permis de finir sur une note correcte, et non un sentiment de gâchis. Bendis style.

Ah oui, en plus, j’oubliais aussi un détail qui accentue un peu cet échec : le dessin. Brian Hitch ne vole pas bien haut dans mon cœur. Pas qu’il soit mauvais, pas doué ou autre. Juste qu’il a un style banal, sans charme, absolument générique ; tout en ayant quelques tares comme des visages souvent ratés et une tendance à mettre ses personnages dans des positions ridicules. Et ça dure 5 chapitres, ce qui est déjà beaucoup. Pour le principal dessinateur suivant (Carlos Pacheco; épaulé d’un peu de Brandon Peterson), il y a beaucoup de mieux (personnages plus expressifs, une meilleure patte artistique rendant l’ensemble plus agréable à l’œil), mais ça reste d’un niveau pas franchement élevé : pour un crossover, où sont les poids lourds habituels censés en mettre pleins la vue ? Reste les couvertures alternatives d’Adi Granov, toujours aussi démentielles visuellement.

Age of Ultron est un crossover étrange : il n’est pas tellement dans la continuité (en fait si, mais raccordé de façon un peu bâtarde), il est assez difficile d’accès quand on n’a pas des masses de connaissances Marvel alors qu’il arrive pourtant en début de Marvel NOW (censé permettre aux nouveaux de prendre le train en marche) et manque cruellement d’ambition au fond, vu le peu d’impact qu’il semble avoir sur l’univers Marvel. Un crossover assez vain, vite oublié, presque transparent. Et l’équipe créative n’est pas au meilleur de sa forme. C’est à n’y rien comprendre.

Infinity s’annonce heureusement bien meilleur, et surtout concrètement ancré dans l’univers Marvel. Ouf.

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Batman, c'est un peu mon Avengers préféré.

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