« Comment gérer un mois de gimmick bullshit de DC ? » et autres réponses à vos non-questions (PPC V3 #2)

Ça ne va sans doute pas vous paraître aussi dingue qu’à moi, mais, alors que j’écris des mots sur les comics sous une forme ou une autre depuis trois ans, je n’ai pas couvert un seul des mois spéciaux gimmick bullshit de DC Comics. J’aurais voulu dire que j’ai cherché à les éviter, mais même pas, c’est juste que les circonstances ont fait que je n’étais pas capable d’être là pour vous en parler. Je ne regrette pas vraiment, surtout dans les cas où m’arrêter était une question de santé mentale, mais voilà : en trois ans, je ne vous ai pas parlé une seule fois du bullshit annuel de DC.

Pour les nouveaux et les autres, et avant que je m’étale davantage en justifications vaseuses, remettons les choses dans leur contexte et expliquons de quoi il en retourne.

En Septembre 2011, DC reboote totalement son univers, et lance 52 nouveaux titres, tous avec un joli numéro un, qui leur permet d’appâter le chaland et de se relancer après quelques années de relative fatigue. Et malgré de nombreux problèmes, qu’il serait ici impossible de chroniquer dans leur totalité pour des raisons d’espace, ça marche. Les gens achètent, et tout le monde chez DC est content.

Depuis, pour commémorer l’occasion, tous les ans, en Septembre, DC coupe net toute sa ligne pour balancer un mois de gimmicks aux résultats très variables. En 2012, parce que la plupart des titres s’étaient pris les pieds dans le tapis de leur continuité, c’était les numéros zéro censés tout clarifier. L’année suivante, sous l’impulsion de Forever Evil, le gros event mené par Geoff Johns, c’était les one-shot consacrés aux super-vilains divers et variés.

Cette année, on se tape la continuité parallèle de Future’s End, le bouquin hebdomadaire dans lequel tout un tas de trucs totalement tarés arrivent, mais dont on se tape parce que ça manque d’enjeux -c’est un futur pseudo-apocalyptique qui n’existe que pour être évité- de personnalité ou de consistance. Mais les twists sont très gros. (Si vous vous attendiez à une critique de Future’s End #18, voilà, c’est fait.)

En plus d’interrompre des histoires bien plus intéressantes, ce mois de gimmicks bullshit est un gros piège à cons, un fait qui se démontre facilement lorsque l’on regarde de plus près les immondes couvertures en 3D lenticulaire disponibles sur les étals. Ces couvertures :

  • Sont pourries, parce que, okay, la 3D marche un peu, mais l’effet lenticulaire, censé montrer deux versions de l’image, l’une présente et l’autre future, est complètement foiré, ou je n’arrive pas à avoir un truc qui n’est pas un immonde mélange des deux.
  • Sont chères, vu qu’elles ajoutent un dollar de plus au prix du comic, qui n’a rien d’autre en plus
  • Sont une petite arnaque, vu que, pour faire de la place à leur 3D à la con, ils virent les noms des gens qui ont écrit et illustré le comic, ce qui veut dire qu’on peut se retrouver avec un truc fait par d’illustres inconnus en lieu et place d’un chapitre supplémentaire à l’histoire racontée par des auteurs.

On peut éviter ces problèmes en passant par les versions numériques et en se renseignant à l’avance, mais, pour des milliers de gens, c’est du boulot qu’ils voudraient à raison éviter, mais voilà, c’est pour ça que vous m’avez moi, non ?

Okay, assez dit sur ce bullshit, passons à la revue de détail. Detective Comics est sans doute le plus rushé des cinq bouquins que j’ai acheté, puisque Brian Buccelato y est rejoint par trois artistes (Scott Hepburn, Cliff Richards et Fabrizio Fiorentino). Pas vraiment de gros concept du futur alternatif, c’est Batman forcé de faire équipe avec l’Homme-Mystère pour résoudre un problème causé par un ennemi commun, avec quelques références à des événements qui viennent de se passer. C’est agréable sans plus.

En tout cas, ce n’est pas Action Comics, qui est une grosse parabole signée Sholly Fisch et illustrée par Pascal Alixe (dont j’ai découvert qu’il avait encore un site chez free.fr, je sais, c’est totalement dingue) et Vincente Cifuentes, et coloré par Pete Pantazis, que je nomme ici parce que je cherche à savoir lequel des trois a collé des trames partout pour le fun. Passé les blagues, c’est une histoire de Superman-le-symbole qui inspire les gens à vivre leur plein potentiel alors que Superman-la-personne a décidé de s’exiler en Ethiopie pour faire un potager dans le désert. Et oui, ça peut paraître super pompier comme ça, mais mon Superman à moi est aussi un peu super pompier, du coup, j’ai aimé.

Les deux prochains titres -il y en a cinq, on en a bientôt fini, patience- ont été signés par les auteurs de leurs séries respectives, et les deux fonctionnent plus ou moins de la même façon. En gros, ce sont des codas, des fins après la fin. La différence est dans le détail. Green Arrow, de Jeff Lemire et Andrea Sorrentino, en plus de nous rappeler qu’ils seront remplacés le mois prochain par les créateurs de Arrow la série télé, explique en détail le gros twist un peu prévisible du dernier Future’s End, qui, comme par hasard, est co-écrit par Lemire. Non seulement c’est stylé, mais, comme dernière chance d’avoir cette version de cet univers et de ces concepts, c’est très sympa et pas mal fanservice.

Swamp Thing, de Charles Soule et Jesus Saiz, quand à lui, utilise le fait d’être propulsé 5 ans dans le futur pour teaser les complications qui s’en viennent. En suivant le géant vert alors qu’il prépare son baroud d’honneur face à son pire ennemi, le titre présente une série de concepts in media res, avant de les introduire formellement dans les prochains numéros. C’est très bien foutu, et avec l’annonce récente que Soule ne bosserait plus qu’avec Marvel à partir de 2015, ça en deviendrait presque prophétique.

Avant de se perdre dans une dérive existentialiste, passons à la meilleure surprise de la semaine, Grayson, dans lequel Tom King, Tim Seeley et Stephen Mooney refont Memento, mais avec des super-espions dans le futur, et avec un type qui s’appelle KGBEAST. Je veux même pas en dire plus, c’est tout ce pourquoi je lis des comics, c’est probablement mon truc préféré de la semaine, et le fait qu’il y ait des types musclés torse poil ? C’est juste un bonus.

Allez, plus que trois mercredis à subir cette uchronie moisie et on reviendra à des activités normales.

Et puisqu’on parle d’uchronies, et qu’on a mis la piquette derrière nous, passons aux choses sérieuses avec Über #17, de Kieron Gillen et Daniel Gete. Über, c’est l’histoire d’une seconde guerre mondiale pendant laquelle les allemands déploient des gens surhumains qui défoncent tout sur leur passage, et les Alliés qui tentent de les contre-attaquer. Sauf que, malgré le concept, ça reste un bouquin brutalement réaliste. Du coup, puisque les allemands ont plus d’expérience avec la substance qui donne leurs pouvoirs à ses soldats, Londres se fait défoncer et Churchill finit décapité sur le quatrième piédestal de Trafalgar Square.

Sauf que, après pas mal de numéros où les Panzermensch nazis défoncent tout sur leur passage en chantonnant du Wagner, ce numéro 17 balance deux gros retournements de situation. D’abord, la riposte alliée découvre un point faible chez leurs adversaires, et c’est un truc tellement simple et tellement con que c’en est brillant comme une vraie anecdote d’une vraie guerre. Ensuite, Gillen laisse glisser l’info que la timeline du bouquin a atteint le début d’août 1945. Cette guerre va empirer, et je dois céder à mon sadisme en admettant que j’attends cela avec impatience.

Et puisque je suis d’humeur guerrière et que j’ai tapé sur DC, tapons maintenant sur Marvel, parce qu’Original Sin #8, de Aaron et Deodato, avec toutes les révélations et les explosions qu’on est en droit d’attendre du final du gros event de l’été de la Maison des Idées. Les explosions sont bonnes, parce que Mike Deodato signe ici l’une des meilleurs boulots de sa carrière. Les révélations, par contre ? Décevantes, parce qu’incroyablement prévisibles. C’est le comic que tout le monde a prédit après avoir lu les deux premiers numéros, et alors que ça pourrait passer dans la plupart des cas, dans un titre qui a promis un gros mystère mystérieux, ça la fout plutôt mal.

Et maintenant, la partie de l’article où je suis totalement sérieux, donc un peu chiant.

J’ai apprécié les 9 premiers numéros du nouveau volume de The Punisher comme on apprécie un vieux nanar d’action des années 80 dans lesquels un Schwarzennegger surarmé défonce tout un cartel de trafiquant de drogues avec le genre d’armes qui défonceraient des tanks dans la vraie vie. C’est John Matrix de Commando, mais avec une tête de mort sur le torse.

Mais ça, c’était il y a un mois.

Dans The Punisher #10, toujours de Nathan Edmonson et Mitch Gerads, Frank Castle se retrouve en prison à monologuer sur les sales délinquants autour de lui qui ne mériteraient que de crever car ils sont incapables de vivre autre chose qu’une vie de crimes. Et pendant ce temps-là, sa copine flic se retrouve en instance disciplinaire pour avoir tiré dans le dos d’un type qui s’enfuyait, laissant Los Angeles tomber aux mains de criminels qui n’ont plus à craindre que les policiers fassent ce qui doit être fait.

Il y a un mois, j’avais oublié pourquoi je déteste le Punisher.

Et puis, on a eu la démonstration de ce qui arrive lorsque des supers-flics surarmés pensent être le dernier rempart contre le chaos. Les horreurs de Ferguson, assiégée par sa propre police, ont laissé une trace indélébile dans mon esprit, et je revois cette trace, cette idéologie nauséabonde, dans les pages dont je vous parle aujourd’hui. Ferguson m’a rappelé pourquoi, d’un pur point de vue intellectuel, je hais Frank Castle et tout ce qu’il représente.

Je ne peux pas continuer à lire ce bouquin, et je ne peux pas continuer à le recommander. C’est un comic absolument détestable, et je dois vous quitter là-dessus.

J’espère que la prochaine fois on parlera de trucs moins immondes.

The following two tabs change content below.

Arez

Arez est le meilleur au monde dans ce qu'il fait, et ce qu'il fait consiste à lire des illustrés et à pleurer tout seul dans sa chambre. Mais il est plutôt gentil.

Tags: , , , , , , , , , ,

Pas de commentaire.

Laisser un commentaire :