Captain America: Perdu dans la Dimension Z – Plaisir retrouvé

J’imagine que comme beaucoup, Captain America a bien remonté dans l’estime des gens grâce à son passage sur grand écran. En tout cas, sur moi, ça a pas mal marché. Bah ouais, dans le fond, Captain America, c’est le Superman de Marvel : un héros tellement iconique, tellement empreint d’une époque, qui représente à (presque) lui tout seul tout un pan de culture mais que… vu de l’extérieur, quand on le connait mal, il est terriblement… ringard et kitsch. L’un a des petites ailes sur le casque, l’autre un slip à la base, comment ne pas tiquer ? Et pourtant, c’est un personnage – comme beaucoup en fait – que j’ai appris à apprécier (N’importe quel personnage peut être intéressant, il suffit de mettre les bonnes personnes aux commandes), qui a beaucoup à offrir, et arrive même encore à nous surprendre, comme l’arc scénaristique dont il est question aujourd’hui.

Lors de Marvel NOW, le reboot mais pas trop de Marvel il y a moins de 2 ans de cela, ce dernier a permis à Rick Remender, un scénariste ayant plutôt bonne réputation, de prendre les rênes du titre Captain America, en repartant avec un beau nouveau numéro 1 en guise de coup de pouce. Là où je veux en venir, c’est qu’alors que l’on pouvait s’attendre à une ambiance et des intrigues qui respirent bon l’adaptation indirecte de l’univers ciné ou simplement rester dans les classiques laissés par ses prédécesseurs (Intrigue politique mettant les USA au centre du monde), le petit Rickie a pris tout le monde à contre-pied et plonge Steve Rogers en pleine… SF. Ouais, de la Science-Fiction.

Ce n’est pas nouveau dans l’absolu, mais à une époque où l’on cherche avant tout un certain réalisme, à rendre crédible tel héros en le mettant dans des situations probables, il est plutôt étonnant de revenir un peu aux sources, avec ce genre de délire scénaristique que l’on voyait régulièrement dans les années 60/70/80. Mais ouais, pourquoi pas ? Voici Captain America perdu dans la Dimension Z. J’avoue, ça donne pas envie dit comme ça. Je vous explique.

Steve Rogers, après avoir gentiment botté les fesses de bioterroristes, semblait pourtant vouloir simplement repartir chez lui, passer un peu de temps avec sa fiancée Sharon, l’agent du SHIELD. Sauf que nous sommes dans un comics, les gentils ne restent jamais très longtemps tranquilles. C’est alors qu’il se passe quelque chose d’étrange : le Captain est amené à visiter une ancienne rame de métro souterraine désaffectée, alors surveillée par le SHIELD lui-même. Un métro est présent, mais personne ne sait d’où il sort, ni d’où il va. Oui, d’office, le plot de base est très étrange. Mais alors que Rogers monte dans le train avec quelques autres personnes du SHIELD pour savoir ce qu’il en est réellement au bout, d’étranges créatures font leurs apparitions dans le métro alors en circulation et drogue Steve pour qu’il tombe dans les pommes. Puis le métro accélère… Et nous voilà… dans la Dimension Z. Ouais, vraiment très bizarre comme synopsis.

Captain America est en fait aux prises d’Arnim Zola, un de ses ennemis fétiches, une machine ayant conscience humaine – qui a d’ailleurs été brièvement introduit dans le deuxième film Captain America, le Soldat de l’Hiver. Ce dernier est une sorte de Docteur Moreau, qui fait d’étranges (et très glauques) expériences sur les êtres vivants, à manipuler la génétique, à créer la vie de toute pièce. Il cherche à obtenir de Steve Rogers le sérum du Super-Soldat qui coule dans ses veines pour l’injecter à ses créatures. En gros.

Steve, reprenant ses esprits, arrive à s’échapper du laboratoire où il a été transporté, et s’empare par la même occasion d’un bébé qui grandissait artificiellement dans un tube à ses côtés. Il arrive alors à fuir hors de la base de Zola et se retrouve… au milieu de nulle part, au milieu de cette Dimension Z, zone avec son propre écosystème et population locale. Complètement paumé, il devra alors trouver un moyen de retourner chez lui, tout en s’occupant de sa propre survie, ainsi que de celle du jeune nourrisson qu’il vient de délivrer…

C’est vraiment très, très compliqué de résumer le pitch de cette histoire, tant elle semble sortie d’une pochette surprise, provocant l’incompréhension et la méfiance vue de l’extérieur. Pourtant, c’est presque l’intérêt principal du récit. Captain America est perdu, mais reste un héros qui ne perd pas son sang-froid face à la situation de crise à laquelle il est confronté. Il est captivant de le voir survivre en milieu hostile (Il subira des assauts de l’armée de Zola qui le recherche toujours, sympathisera avec les tribus locales) tout en restant fidèle à ses valeurs (Il gardera toujours son costume et son bouclier) et… d’être un père de substitution. Le temps passe aussi étrangement dans cette dimension, et les années semblent passer plus vite que prévues. Le petit garçon grandit, commence à avoir conscience de ce qui l’entoure et de la menace qui pèse sur son père d’adoption.

L’idée est d’ailleurs très bien amenée et apporte un angle nouveau sur le personnage de Steve Rogers. Par de subtils flashbacks sur l’enfance de ce dernier, on en apprend plus sur lui, comment il était à cette époque (les années 30) et surtout de sa relation avec ses parents, notamment son père, un homme qui n’avait pas que des bons côtés. On fait donc assez vite le parallèle avec l’éduction du fils du Captain et l’enfance même de ce dernier, ne voulant pas répéter les mêmes erreurs. Ça apporte vraiment un bon plus au développement du personnage et, pour revenir à ce que je disais au début, me la rendu bien plus attachant et intéressant qu’en apparence tout en étant plus charismatique que jamais.

Et puis au-delà du scénario atypique, mais terriblement prenant, c’est aussi visuellement d’une efficacité rare. Oui, oui, je parle bien d’un arc en dix chapitres dessiné uniquement par une seule personne, le tant décrié John Romita Jr. On ne va pas refaire le discours expliquant les qualités et surtout défaut de son art (il se fait vieux, quand il n’est pas motivé, ça se voit à mort), mais je dirais simplement : ça claque. Romita se donne à fond pour rester efficace et violent comme à son habitude sur tant de chapitre à la suite. On aurait pu changer de dessinateur arrivé à la moitié, mais j’imagine que dans un souci de cohérence esthétique, ils ont tenu à aller jusqu’au bout.

Et dieu que ça fait du bien ! Oui, il y a quelques ratés ici et là, mais le style de Romita colle tellement bien avec l’univers étrange, glauque, poisseux, sombre et violent de la Dimension Z, avec un Arnim Zola vicieux jusqu’au bout pour parvenir à ses fins. Les splash pages sont souvent splendides, les combats sont dynamiques, et on ressent davantage le désespoir de Cap’ perdu au milieu de nulle à tenter de sauver son fils de substitution. Et qu’il est charismatique le Steevy avec un peu de barbe, il faut que ça devienne un standard. Bien sûr, on parle de dessin de comics, et il serait mal venu de tout attribuer à Romita (même si, voilà quoi), la moitié du mérite concernant le visuel doit être attribué au coloriste et à l’encreur,  qui subliment en coop vraiment le trait de Romita. C’est, en quelque sorte, un excellent travail d’équipe, et ça montre qu’il suffit de bien la composer pour faire des merveilles, même avec un dessinateur « difficile à apprécier ».

Au final, le plus gros défaut que je reproche à cet arc aussi surprenant qu’original, c’est que d’un côté… Tout le contexte est un peu difficile à digérer. Que ça soit le début ou la conclusion de l’arc – sans spoiler – on reste dans le très vague niveau explication concrète. Alors oui, ça reste très accessible dans l’absolu une fois ce stade dépassée, mais avec du recul, on ne comprend pas exactement comme on en est arrivé à là et comment on en est sorti. Et de l’autre, pour chipoter, j’aurais peut-être raccourcis un poil l’histoire, à un ou deux chapitres près. Mais vraiment pour chipoter, hein ? J’ai pris mon pied quand même.

Parce que oui, à côté de ça, c’est vraiment du très bon comic de super-héros, avec un héros qui montre une nouvelle facette de sa personnalité (la figure paternelle), tout en restant… Captain America, tel qu’on le connait. L’ensemble est tellement bien ficelé et original – sans jamais trahir le personnage, le trait efficace et punchy qu’on lui pardonne facilement ses petites errances. Je ne sais pas exactement où Remender veut aller (Même si on connait tous un des principaux changements à venir, mais je dis rien au cas où), mais j’adhère à 200% à son « introduction ». Une intro de 10 chapitres, oui, quand même.

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Batman, c'est un peu mon Avengers préféré.

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