Spawn T.1 – Back to the 90’s

Même quand on n’a pas des années voir des décennies d’expériences dans les comics derrière soi, il est pourtant assez facile de comprendre que les années 90 ont été un peu délicates pour le média. C’est peut-être même en partie à cause de cette période que les comics ont parfois si mauvaise réputation auprès de pas mal de lecteur de BD… Je reprendrai une expression que j’ai vu passer pour symboliser cette période et qui résume bien la chose : « Extreeeeeme » (à prononcer avec un accent américain digne des pires films d’action US).

C’est simple, c’était une période où tout était exagéré dans les comics, à des niveaux rarement atteints, aux limites du ridicule. La violence, la virilité et l’hypersexualisation des personnages féminins, tout avait pris des proportions délirantes. Les super-héros étaient très violents, très sombres ; ne ressemblaient qu’à un monticule de muscles hypertrophiés côté homme, et prenaient des positions et une morphologie inhumaines pour les femmes. Bref, pas du joli joli, malgré les nombreuses bonnes choses qui en sont sortis, autant niveau mainstream qu’indé.

Côté Mainstream, ce dont je vais parler ici, on a quand même eu Spawn. Super-Héros de chez Image Comics ultra charismatique, sombre et violent, mais un minimum classieux ; c’est un personnage qui inspire du bon vu de l’extérieur, qui m’a toujours attiré malgré ma méconnaissance totale de son histoire. Mais il a une cape et une sorte de cagoule trop classe, comment dire non ? Profitant d’une bonne occasion sur le premier tome de l’intégrale de ses aventures (Publiée chez Delcourt), je découvre enfin le bonhomme. Et c’était… pas mal du tout, voir même assez cool, surtout compte tenu de l’époque dans laquelle ça a été écrit.

Grosso modo, Spawn, c’est Al Simmons, un soldat américain « lambda » qui finit par… mourir en mission. Bon, ça arrive, les risques du métier, tout ça. Sauf qu’en fait, il va se « réveiller » 5 ans plus tard, sous l’apparence de Spawn, ou plus précisément : un Hellspawn, soit un « soldat » de Satan, basiquement. Rien que ça. On comprend vite le classique mais toujours efficace « Il a passé sans le vouloir (ou presque) un pacte avec le Diable pour revenir sur Terre et peut-être revoir sa femme, reprendre une vie normale ». C’est totalement ça. Sauf que oui, il est revenu pas exactement comme il le voulait, ni au moment souhaité, ni avec les objectifs qu’il s’était fixé à l’origine. Simmons doit bien malgré lui prouver sa valeur de Hellspawn, tout en essayant de s’y retrouver dans une vie qui a bien changé en 5 ans.

Ça commence donc plutôt pas si mal Spawn, j’en suis ressorti plutôt satisfait, et avec l’intention de poursuivre la série. On a beau être dans une période un peu bourrine du comics, on s’attache bien au personnage d’Al, bien paumé dans un monde qu’il ne reconnu plus vraiment. Ouais, on peut le dire, il y a de la « subtilité ». Dingue, non ?

Quoi de pire que de revoir sa femme, ayant refait sa vie avec un autre homme et ayant même eu une petite fille – alors qu’Al ne pouvait en avoir, du fait de sa stérilité ? Une vie perdue – même si on se rendra compte que son ex-femme semble le « sentir » et sans réel domicile fixe (Al fini par vivre dans les rues avec ses nouveaux « amis » que sont les autres sans-abris comme lui), notre Spawn nouveau deviendra bien malgré lui un héros de la rue, sans véritable « attache », à défendre les plus faibles… en attendant plus de réponses à ses nombreuses interrogations, vu l’amnésie temporaire qui le touche à ses débuts.

Alternant entre sa vie « personnelle » et son alter-ego Spawn, Al est en quelque sorte une version encore plus sombre du Batman (Oui, c’est possible) qu’on connaît tant. Une version remise au goût du jour avec la tendance pas toujours bonne des années 90’, mais ça fonctionne pas mal. Comics « Indé » de l’époque avec Image Comics, c’est évidemment plus violent (même si c’est loin d’être totalement gratuit), mais aussi finalement un peu plus « libre » dans ce que ça veut aborder, on y retrouve pas mal de bonnes idées dans le développement de l’univers de Spawn.

Pleins de personnages introduits, mais pas mal d’intrigues potentiels à se développer en parallèle avec l’ex-famille recomposée d’Al ou les deux flics Sam & Twitch qui découvrent l’enfer de la ville avec les gangs, la mafia locale ou l’émergence de nouveaux « super-héros » dont Spawn fait partie. Ce même Spawn qui a des pouvoirs complètement pétés, mais aussi… limités dans leurs utilisations, lui obligeant parfois à ruser et à revenir à d’anciennes méthodes plus « réalistes » que de balancer les lasers verts dans tous les sens quand ça lui chante. Des ennemis mettant sa morale à rude épreuve comme l’intrigue (plutôt sordide, mais loin d’être gratuite) avec le pédophile. Et d’autres trucs sympas comme le sort réservé aux morts de personnes « mauvaises », avec tout un chapitre dédié à la façon dont ce genre de personne est traité en Enfer. Rien que ça. Le tout soutenu par le dessin un peu typé 90’s, mais tout de même bien costaud de McFarlane dont je découvre ses travaux ici même, ça impressionne toujours pas mal en 2015.

Bref, ça met rapidement en place un paquet de chose, Farlane se donne les moyens de donner envie de croire en son œuvre, et c’est franchement sympa.

Malheureusement, tout n’est pas encore au point, on sent que le Farlinou y va tranquillement pour tester ses idées pour son univers, mais à encore du mal à bien décoller. Principalement ? Peut-être est-ce dû à l’effet « gros pavé » de l’édition Delcourt entre les mains, mais on sent que ça traîne un peu dans l’intrigue, que ça tourne un peu en rond ici et là. Rien de bien dramatique, on ne s’y ennuie pas, on a rapidement envie d’en savoir plus sur certains aspects du Spawn, comprendre comme ça marche et là où ça va nous mener… Et au bout de plus d’une dizaine de chapitre, on a parfois l’impression de faire du surplace. Enfin, je dis ça, c’est certes très introductif, mais ça a plus de patate et de personnalité que l’ensemble des tomes 1 de chez Valiant, lu récemment.

Après, on pourra reprocher certaines scènes, certains dialogues voir même certains designs un peu trop ancrés années 90 et qui ne passent pas toujours bien de nos jours, mais c’était un peu inévitable compte tenu de l’âge du titre – 1992 – et globalement, on s’y fait. Non, l’autre souci que je n’avais pas vu venir, c’est… Que Spawn, ce n’est pas la première marche d’un univers qui deviendra partagé et/ou sera blindé de spin-off, mais c’est même l’inverse : il fait déjà partie d’un univers partagé.

Je connais mal les autres univers de Comics en dehors de Marvel et DC, j’ai du coup été surpris de voir les quelques références ici et là à d’autres séries de chez Image Comics. Est-ce que ça nuit à l’histoire ? Pas tant que ça, mais je ne me sentais pas totalement à l’aise dans la lecture, à lire des noms de personnages, d’équipe, totalement inconnues pour ma pomme, venant d’un comics d’à côté. Je pensais réellement débarquer dans un nouvel univers tout beau tout propre et que ça allait se complexifier seulement après. Sauf que non.

C’est d’autant plus dommage qu’on a aussi 2 chapitres qui disparaissent dans ce tome à cause de tristes problèmes de droit sur certains personnages (Angela entre autre, qu’on retrouve désormais chez Marvel). Ça ne nuit pas directement à l’histoire principale, mais c’est encore une fois une histoire de référence qu’on ne saisit pas (surtout le chapitre sur Angela, présentant le Paradis, qui aurait parfaitement complété celui sur la présentation des Enfers dont je parlais plus haut). Pas insurmontable, mais très dommageable.

En bref, une bonne lecture, pas aussi simple pour son accessibilité et simpliste pour son plot qu’il n’y paraît. Ce n’est pas toujours très subtil, avec pas mal de moments bien « badass » faisant presque une ode à la virilité, mais ça fonctionne toujours aujourd’hui (Enfin, en grande partie). Maintenant, ça donnerait presque envie de revoir le film, et comprendre désormais à quel point ça a massacré l’original.

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Batman, c'est un peu mon Avengers préféré.

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